DE Balkani
Marc Voltenauer : Jeter un pont entre la Suisse et les Balkans à travers le polar
À l’occasion de la traduction de son roman Cendres ardentes en albanais sous le titre Thëngjij përvëlues, le célèbre auteur suisse Marc Voltenauer se livre en exclusivité à albinfo.ch sur la genèse de cette œuvre singulière. Un roman policier qui, au-delà du suspense, se veut une véritable exploration de l’âme balkanique et un hommage à la diaspora albanaise de Suisse.
De Gryon aux Balkans : La genèse d’une rencontre
L’idée d’unir ces deux univers géographiques et culturels est née d’une réflexion de l’auteur sur la population albanaise de Suisse et sur les préjugés tenaces qui l’entourent, confie-t-il à albinfo.ch. C’est lors d’un périple en Albanie avec son compagnon Benjamin que le roman a littéralement pris corps. En sillonnant le pays, de Tirana aux monts Maudits, Marc Voltenauer a été saisi par le contraste flagrant entre l’image perçue depuis la Suisse et la réalité d’un pays doté d’une beauté et d’une hospitalité extraordinaires. L’évidence s’est alors imposée : ces deux mondes sont déjà profondément liés, la communauté d’origine albanaise faisant partie du quotidien de la Suisse romande depuis plusieurs décennies.
Le récit suit la trajectoire de la famille Hoti, qui a fui la dictature d’Enver Hoxha, a transité par le Monténégro, pour finalement reconstruire sa vie dans le Chablais vaudois. L’intrigue s’ouvre sur un voyage funèbre poignant : Mirjan Hoti ramène le corps de son épouse dans le caveau familial au pays, un acte qui crée un pont entre les deux mondes et réveille un passé que la famille croyait enterré.
L’immersion : Raconter un pays au-delà du simple décor
Pour l’auteur, comme il l’explique aux lecteurs d’albinfo.ch, il est impossible d’écrire sur un lieu sans y avoir mis les pieds, sans en avoir senti les odeurs, goûté la cuisine et écouté les habitants. Ce voyage initiatique a été jalonné de rencontres fondamentales. Le couple a eu la chance d’être accueilli à Tirana par Chantal Nicod, de l’Ambassade Suisse, qui leur a transmis sa passion pour l’Albanie. Toutefois, la rencontre la plus marquante reste celle de Diana Rekepi, surnommée Lali, l’une des dernières burrnesha (vierge jurée) d’Albanie. Le personnage de Lali dans le roman est librement inspiré de cette femme exceptionnelle, avec qui l’auteur a passé une soirée mémorable à Durrës, et qui est malheureusement décédée peu après la parution du livre en français.
L’atmosphère authentique du livre puise sa source dans ces partages, entre le raki, les tavernes, la montagne et l’hospitalité inscrite au cœur même du Kanun. Comme le résume l’écrivain pour albinfo.ch, sans ce voyage, il aurait simplement écrit un décor ; grâce à lui, il espère avoir raconté un pays.
Traditions et déconstruction des préjugés
S’attaquer au Kanun nécessitait d’éviter à tout prix de sombrer dans les clichés du « Balkan violent ». L’écrivain s’est ainsi longuement documenté, bénéficiant notamment de l’accompagnement précieux de Bashkim Iseni, spécialiste des Balkans et des diasporas. Il a découvert que le Kanun de Lekë Dukagjini est avant tout un code coutumier complexe de cent cinquante-neuf chapitres régissant la vie sociale, la famille, l’hospitalité et l’honneur. La gjakmarrja (vengeance par le sang) n’en occupe qu’un chapitre et visait, à l’origine, à encadrer la violence pour éviter des tueries familiales infinies, souligne-t-il auprès d’albinfo.ch.
Le roman policier devient ainsi un formidable outil, un véritable « cheval de Troie », pour déconstruire les stéréotypes en invitant le lecteur à côtoyer des personnages albanais dans toute leur humanité et leur histoire. La réussite de l’intégration de cette communauté est d’ailleurs mise en lumière à travers le personnage d’Artan, arrivé en Suisse à dix-neuf ans, qui apprend le français et devient président du club de football de Bex.
Des personnages tout en nuances
Pour éviter toute stigmatisation, Marc Voltenauer tenait absolument à explorer les zones grises et à offrir de la nuance. Au sein de la même famille Hoti, plusieurs réalités coexistent et s’affrontent. Alors que Mirjan et Artan choisissent la participation active à la vie locale, Dafina et son fils Skënder optent pour le repli et sombrent dans le trafic. La jeune génération, représentée par Julian et Ardiana, est quant à elle tiraillée entre la loyauté familiale et la conscience morale.
L’auteur est catégorique lors de son échange avec albinfo.ch : dans ses romans, le mal n’a pas de nationalité. Le personnage de Skënder n’est pas un monstre en raison de ses origines albanaises, mais il est décrit comme un pervers sans empathie qui instrumentalise sa propre culture. Ce choc des cultures bouscule même les certitudes de l’enquêteur principal, Andreas Auer, dont les grilles de lecture habituelles s’effondrent face à ces codes d’honneur, à la mémoire de la dictature et à une conception du temps où une vendetta peut traverser quarante ans sans rien perdre de sa force.
Thëngjij përvëlues : Un retour aux sources
La parution du roman en albanais aux éditions Dituria à Tirana est vécue par l’auteur comme une immense fierté et un juste retour des choses, un accomplissement qu’il partage aujourd’hui avec albinfo.ch : un roman né en Albanie qui y retourne aujourd’hui. Ce projet a été rendu possible grâce à Lindita Gjetani, qui avait servi de traductrice lors de la rencontre avec Lali. C’est elle qui a soumis l’œuvre à l’éditeur et qui en a assuré la traduction, en échangeant régulièrement avec l’auteur sur les passages les plus délicats, comme les citations du Kanun.
Le livre est désormais accessible à un large public. En Albanie et au Kosovo, il est disponible dans les librairies et auprès des éditions Dituria, tandis que la diaspora en Europe peut le commander sur des plateformes comme Adrion Ltd, Leximtari, ou ShtepiaeLibrit. La version originale française, Cendres ardentes, reste quant à elle disponible partout en Suisse et en France.
Le mot de la fin
En guise de conclusion, Marc Voltenauer adresse par l’intermédiaire d’albinfo.ch un message rempli de gratitude aux lecteurs albanais, leur confiant que ce livre leur appartient un peu, puisqu’il est le fruit de l’hospitalité que leur pays lui a offerte. Il explique avoir essayé d’écrire sur l’Albanie et sur la diaspora avec le regard d’un ami, sans naïveté, mais sans jamais céder à la caricature. Si des lecteurs se reconnaissent dans la famille Hoti, dans ses fiertés comme dans ses blessures, alors le roman aura accompli sa véritable vocation : jeter un pont.
E-Diaspora
-
La professeure Shyhrete Rexhaj animera une table ronde consacrée à l’estime de soi dans les soins à Lausanne Dans le cadre du Mois de la santé mentale 2026 dans le canton de Vaud, l’Institut... -
Une nouvelle classe de l’École albanaise ouvre ses portes à Winterthour -
Itali
La nouvelle école maternelle de Montevarchi porte le nom de Mère Teresa -
Le Prof. Dr Alban Y. Neziri est admis à l’American College of Surgeons et obtient le titre de FACS -
Shaip Beqiri, 50 ans à la recherche de la perfection des mots
La vie en Allemagne
-
Brajan Gruda choisit l’Allemagne plutôt que l’Albanie Le talent albanais figure sur la première liste du sélectionneur Jürgen Klopp pour les prochains matches... -
Gjermani
De l’Allemagne à Harvard et Cambridge : Emin Gashi, le talent albanais qui mène des recherches sur de nouveaux traitements contre le cancer -
Ajeti: Deux candidats originaires du Kosovo en lice pour les prochaines élections dans le Land de Berlin -
Les manuels destinés à l’enseignement complémentaire de la langue albanaise arrivent au Consulat du Kosovo à Munich -
Le Kosovo et l’Allemagne unissent leurs efforts contre les tiques porteuses d’un virus mortel











